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ARTICLES TECHNIQUES - Concentration et relâchement
Sommaire Technique - Jean-Emmanuel Elbaz

Concentration et relâchement

Par Jean-Emmanuel Elbaz

Article réalisé avec la collaboration de


http://www.enphasegolf.com

Chez la plupart des gens, le mot « concentration » évoque quelque chose de fastidieux et ennuyeux. Je pense que cela est surtout dû à notre éducation et à notre culture, où le système éducatif nous a habitués à nous intéresser et à nous concentrer sur des sujets qui nous ont été plus ou moins imposés, dont les résultats allaient être décisifs pour notre avenir. Nous avons donc tendance à nous concentrer au golf dans ce sens. Seulement le golf est un jeu que nous avons décidé de jouer, qui nous procure du plaisir, et les résultats d’un parcours ne changeront pas le cours de notre vie. La notion de plaisir est essentielle : on ne peut se concentrer facilement que sur quelque chose que l’on aime faire (ou voir, entendre…). Une bonne concentration doit procurer du plaisir. Lorsqu’on interview un grand sportif sur sa performance dans un tournoi, il répond la plupart du temps qu’il était détendu, serein, et surtout qu’il a pris un grand plaisir à jouer. La concentration est simplement notre capacité à nous laisser porter par une action dont on est acteur ou qui se déroule devant nos yeux et pour laquelle on éprouve du plaisir.

Prenons un exemple de concentration extra sportif : Lorsqu’on regarde un film et que l’on rentre complètement dans l’histoire, c’est de la concentration. On ne se force pas à rentrer dans le film ; on est détendu sur son canapé ou dans une salle de cinéma et on se laisse porter par l’action. On ne se dit pas : « Il faut absolument que je rentre dans l’histoire, il faut que je me concentre pour m’imprégner de la situation », mais on attend tranquillement que les choses se fassent toutes seules. Si on portait toute notre attention sur le fait de rentrer dans l’action, il y a fort à parier que l’on ne rentrerait jamais dans un film, trop préoccupé par le fait « d’essayer ».

De plus, nous ne nous forçons pas à ne penser uniquement au film qui est en train de se jouer. On se surprend souvent à penser à autre chose, à sortir mentalement du film et à laisser notre esprit vagabonder (par exemple, en pensant à une situation vécue dans la journée). Cela ne nous empêche pas de revenir au cœur de l’action tout de suite après et balayer cette pensée rapidement de notre esprit. Nous avons la capacité de sortir pendant quelques instants puis de revenir dans l’action sans pour autant perdre notre concentration initiale.

Il ne faut pas lutter contre ce phénomène pendant une partie de golf et je dirais même que c’est ce qui définit l’état de concentration. Il est bénéfique de s’extraire mentalement de temps en temps de l’action pour que notre esprit ne sature pas. Plus le temps de concentration doit être long, plus la nécessité de sortir de l’action de temps en temps est importante, afin de pouvoir être régulier dans sa concentration jusqu’au bout de l’effort à produire. Un film dure environ 2 heures et un parcours de golf environ 4 heures ; il serait impensable de vouloir rester attentif sur la totalité du parcours, en sachant que sur 4 heures de jeu, 4 minutes seulement sont consacrées à l’exécution du mouvement (et donc 3 heures 56 pour penser !). Il faut parfois laisser son esprit vagabonder, penser à autre chose qu’au golf pour donner du temps libre à son esprit afin qu’il puisse se ressourcer.

Nous devons et pouvons faire confiance à notre concentration qui est mise à l’épreuve tous les jours sans que nous nous en rendions compte et ce, depuis notre plus tendre enfance. Lorsque vous regardez un enfant qui joue avec un jouet, il est naturellement attentif à ce qu’il fait, il est absorbé par son jeu. Il n’essaye pas d’ « être concentré », il l’est naturellement.

Pour être ou rester concentrer, un autre facteur entre en compte : l’habitude. En d’autres termes plus golfiques, l’entraînement. Quelqu’un qui ne va jamais au cinéma ou qui ne regarde jamais la télévision plus d’une demi-heure d’affilée aura des difficultés à rester concentré pendant un film de deux heures. Mais plus il ira au cinéma, plus il aura de facilités à rester concentré pendant tout le film. Plus vous aurez l’habitude de jouer des parcours de golf d’une manière détachée, plus l’état de concentration viendra naturellement. Bien sur, il y a des techniques que l’on peut travailler et qui favorisent la concentration, mais l’état d’esprit du joueur détendu, qui laisse faire les choses et ayant confiance en lui est une base essentielle pour que le travail mental effectué soit vraiment efficace et durable.

Certains joueurs me disent qu’ils suivent cette « philosophie » mais qu’ils passent des parcours entiers, voire des périodes entières à avoir du mal à se concentrer. Pour reprendre la métaphore du film, il y des jours où vous êtes détendu et où toutes les conditions semblent être réunies pour se laisser porter par l’action. Mais « la mayonnaise » ne prend pas à tous les coups. Il y a des bons et des mauvais films, certains qui vous parlent et d’autres moins, et il y a aussi des périodes de votre vie où vous êtes aptes à vous abandonner dans une histoire et d’autres où vous êtes trop préoccupé par autre chose. Le même phénomène s’applique au golf. Il faut accepter que malgré toute votre bonne volonté, la qualité de votre entraînement, vos capacités, vous ne pouvez pas être toujours aussi concentré ou de la même façon. C’est le jeu. Lorsque vous regardez un film qui ne vous plait pas, vous l’acceptez et ne passez pas la semaine à vous demander pourquoi ce film ne vous a pas plu. Il peut même se produire un phénomène : vous revoyez ce film quelques années plus tard et vous l’appréciez.

Cela signifie qu’il y a des moments dans la vie où on est apte à recevoir certaines choses et d’autres pas, et que l’on n’est pas condamné à les rejeter dans l’avenir. Celui qui parvient à intégrer cette notion et se l’applique ne peut que progresser. L’important est d’accepter ces données qui font partie intégrante du jeu et de ne pas perdre foi en ses capacités, ne pas trop se remettre en question, et porter son énergie pour construire l’avenir, au lieu de rester bloqué dans un moment révolu qu’on ne peut de toutes façons pas changer. Les seules choses que l’on peut tirer du passé est le côté positif des choses et analyser les points négatifs : quelles ont été mes forces et comment les renforcer, accepter mes faiblesses, s’attendre au fait qu’elle peuvent se reproduire et faire en sorte qu’elles se reproduisent le moins possible dans l’avenir.
Sommaire Technique - Jean-Emmanuel Elbaz

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